Deux jours dans l’Aragón

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Two days in Aragon, un album sur Flickr.

© Denisa Ispas, 2013

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Pluie au mois de Mars

Nichita Stanescu (1933-1983), traduction © Denisa Ispas, 2012

Il tombait une pluie infernale,
et nous nous aimions sous des combles.
A travers le ciel de la fenêtre, ovale,
les nuages coulaient au mois de Mars.

Les murs de la chambre étaient
inquiets, sous des dessins à la craie.
Nos âmes dansaient
invisibles dans un monde concret.

Il pleuvra sur tes ailes, tu disais,
il pleut aux globes sur le globe et à travers le temps.
Ce n’est rien, je te disais, Lorelei,
il pleut des plumes sur mon vol.

Et je m’élevais. Et je ne savais plus où
j’avais laissé, dans le monde, ma chambre.
Tu me criais derrière : réponds-moi, réponds-moi
qui sont les plus beaux ? les hommes ? la pluie ?

Il tombait une pluie infernale, il pleuvait en folie
et nous nous aimions sous des combles.
Je n’aurais plus voulu que finît
jamais ce mois-là de Mars.

Le poème a été aussi adapté en musique et c’est tout simplement …beau.

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Connaissez-vous l’endroit où…

J’aime les cordes. J’aime surtout le violoncelle et sa voix grave, caressante, qui me fait vibrer.

C’est donc naturellement que j’ai craqué pour Cello Solo, le projet de Matthieu Saglio, que j’ai découvert grâce au blog de cktoon. Dans certaines de ses chansons, un ami lit de la poésie espagnole que Matthieu accompagne de son violoncelle de la façon la plus belle et touchante que j’ai entendue. Et puis en écoutant, un jour, j’ai entendu une charmante voix espagnole décrire un petit et ancien village en Espagne, entouré d’une muraille arabe, où on pourrait voir les plus beaux couchers de soleil du pays. Les couleurs du couchant éclatent là-bas contre les champs de blé – et donnent naissance à des couleurs incroyables.

Et de continuer, pendant que l’archet commence à esquisser les premières notes, comme des pas marchant dans le champ de blé :

« ¿Conocéis el lugar donde van a morir
las arias de Händel?… « 

Chut… et écoutez.

Au centre du centre de Castille

(Antonio Colinas)

Connaissez-vous l’endroit où vont mourir
les airs d’Haendel ?
Je crois que c’est ici, dans cet espace
ou s’invente l’infini des jaunes ;
un espace au centre du centre de la Castille
dans lequel nos corps pourraient guérir pour toujours
si tes yeux et mes yeux
regardaient ces plateaux
avec une piété absolue
et devant lesquels l’âme elle même s’agenouille
pour nous faire son offrande
en rosiers de sang.
Dans cet espace il y a un feu blanc
Dans lequel vient mourir cette musique
Qui nous arrive de loin, de si loin !

Connaissez-vous l’endroit où vont mourir
les airs d’Haendel ?
C’est ici, en une terre avec plus de ciel que de terre,
où les rossignols apaisent la promenade
et la promenade apaise les rossignols
et avec l’émanation
humide du thym le plus nocturne,
arrive un essaim d’étoiles
qui vénèrent le Christ.
C’est un lieu où la lumière
pleure la lumière
et la cathédrale des chardons
pousse son cri silencieux,
et elles sont seules, très seules, les vierges annoncées,
et le village emmuré et mort
s’élève vivant sur un horizon de larmes,
je ne sais si comme un psaume,
ou comme une couronne de pierres incertaines.

Connaissez-vous l’endroit où vont mourir
les airs d’Haendel ?
C’est ici, au centre du centre de la Castille
où dans les tons violets
se tend, comme un arc, la lumière ;
c’est dans un espace où le rien est tout
et le tout est le rien,
et dans lequel le jeune juin vient par les montagnes
verser sa coupe d’or liquide.
C’est un endroit dans lequel l’espace et le temps
sont seulement un bûcher
qui brûle et qui nourrit sa flamme
grâce à nos vies (je veux dire :
grâce à nos morts).

La musique que vous aimez le plus
a sa tombe ici.
C’est la musique qui, à travers la respiration des épis,
vient mourir dans la lumière respirée par nos poitrines.

Texte original ici. Je remercie Esther A. pour la traduction.

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Dans un couloir de métro

En tournant en rond dans les couloirs de Châtelet un jour, je suis tombée sur un groupe de musiciens qui jouaient du violon et du violoncelle sur un air classique certainement très connu, mais que je ne pourrais pas identifier – je sais, honni soit qui connaît pas, etc. Comme j’ai un faible pour les instruments à cordes, je me suis arrêtée pour les écouter. Un petit monsieur chauve et souriant vient vers moi et me propose d’acheter le CD. Navrée, je lui réponds que je n’ai pas de monnaie, à part quelques centimes. « Un lingot d’or alors ? me fait-il.

– J’en ai pas pris sur moi aujourd’hui…

– Un baril de pétrole ?

– Dans mon sac à dos ? ça aurait été difficile à transporter.

Il hésite.

– Alors… un cœur en or ?
>p>La tentation est trop forte et mon humour noir ressort avant que je puisse l’en empêcher.

– J’aimerais bien, mais je l’ai laissé dans le congélo.

Perplexité. Je me prépare à le rassurer (« Je rigooooole ! ») quand il parvient à rire – un peu jaune – et balbutier une réponse sur un cœur « trop rebelle que je dois tenir en cage ».

– Ouais, c’est ça…

– Bon, alors bonne journée, mademoiselle !
Et il s’en va en regardant discrètement par-dessus l’épaule. T’inquiète pas, j’ai fait ma provision d’organes, je ne vais pas t’attaquer. Surtout au milieu de la foule.

(Petite pensée pour C. et sa blague récurrente)

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Un peu de rêve pour un dimanche

Du pays d’où nous venons

(par Ana Blandiana, poétesse roumaine, 1942 – …)
Traduction © Denisa Ispas, 2012

Parlons

Du pays d’où nous venons.

Moi je viens de l’été,

C’est une patrie fragile

Que n’importe quelle feuille

Tombant, peut éteindre.

Mais le ciel est si lourd d’étoiles

Qu’il pend parfois jusqu’à la terre

Et si tu t’approches tu entends comment l’herbe

Chatouille les étoiles en riant,

Et les fleurs sont si nombreuses

Que tu as mal

Aux orbites comme asséchées par le soleil,

Et des ronds soleils pendent

Dans chaque arbre ;

Là d’où je viens

Il ne manque plus que la mort

Il y a tant de bonheur

Que t’en as presque sommeil.

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Violoncelle

Tendue de désir, je suis
une corde sous tes doigts,
vibrante.

Tendue vers toi, j’attends
que tes doigts me fassent chanter
en caresses.

Cambrée contre toi, je
garde les yeux fermés, j’
enferme mon désir de toi
qui pourtant vibre sous ton regard
comme une corde.

(© Denisa Ispas, 2012)

Inspirée par Apocalyptica – Ruska.

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Le McCon et d’autres histoires

Qu’est-ce que c’est que le McCon ?

Il y a des gens, on dirait, qui viennent au McDo – et c’est peut-être valable aussi pour les autres restaurants de fast-food – pour se donner des airs de VIP et se sentir plus importants dans la vie en se prenant aux employés, par définition inférieurs. Car, c’est bien connu, nous ne sommes pas des étudiants, certains en master, certains en fac de maths, médecine ou autre domaine d’études pour les simples d’esprit, certains parmi les meilleurs de leurs promotions. Nous sommes que des pauvres imbéciles qui avons atterri au McDo faute de pouvoir obtenir « un vrai travail », et non pas parce que nous avons le courage de travailler pendant les études pour avoir une certaine indépendance financière. Fin de l’ironie. Un McCon ne dira pas bonjour, merci, s’il vous plaît et au revoir – on n’est pas poli avec les caisses automatiques, alors pourquoi l’être avec les caissières ? -, changera sa commande sans s’excuser, prendra une heure pour réfléchir à la caisse alors qu’il aurait pu le faire pendant qu’il attendait, se plaindra des prix trop élevés – va voir dans un vrai restau si tu te remplis le bide pour 10 € -, des sandwiches qu’il y a ou il n’y a plus et en général se comportera comme un con.

Voici quelques exemples.

Une dame arrive à ma caisse un jour avant le rush – élément important, car s’il y avait quinze personnes dans la fille, je n’aurais pas été aussi patiente – et sans me dire bonjour, se lance d’un ton irritant à faire sa commande. Et quand je dis ton irritant, c’est le ton « ça m’agace de devoir passer par vous, pauvres êtres inférieurs, pour nourrir mes morveux, et je me rabaisse qu’en vous parlant ». Le ton qui demande des claques. Elle change cinq fois d’avis quant à son menu, m’obligeant à chaque fois à annuler, avec un sourire poli de plus en plus forcé. Puis elle demande des Happy Meals « avec des double cheese ». Je lui réponds qu’il n’y a pas ça dans les menus enfants, mais seulement des cheeseburgers simples, ou alors …et je lui énumère les autres sandwiches disponibles. Elle me regarde de travers et me dit, agacée : « J’ai toujours pris des double cheese dans les Happy Meals !

– Ce n’est pas possible, madame, d’abord parce que c’est un sandwich trop cher pour qu’on le mette dans ce menu, et deuxièmement, parce qu’il est trop gros pour entrer dans la boîte.

– C’est pas vrai, je prends ça depuis des années !

– Je ne pense pas, parce que le double cheese est venu il y a deux ans, et moi je travaille au McDo depuis trois ans, et jamais il n’y a eu de double cheese dans un Happy Meal.

– Si ! Et vous ne travaillez pas ici depuis longtemps !

– Dans ce McDo précis, depuis juillet dernier.

– C’est pas vrai ! Je ne vous ai jamais vue !

Parce que ça prouve, évidemment, que je n’étais pas là, selon le principe de la couette sur la tête qui fait disparaître les croque-mitaines.

– Si, vous m’avez vue, et je vous ai vue aussi plusieurs fois, vous êtes même venue à ma caisse.

– Ah bon !!

– Je vous assure. »

Sur quoi, elle a pouffé encore deux ou trois fois en finissant sa commande, « bon, pfff, des cheese alors, pfff, n’importe quoi ce McDo » et est partie avec un « au revoir » si aigre qu’il aurait fait tourner le lait. Je lui ai répondu, tout aussi poliment, « au plaisir de vous revoir, madame », ce qu’on nous a instruit de dire au lieu de « je vous emmerde ».

Deuxième exemple

Comme une bonne partie des restaurants McDo, nous faisons des anniversaires. Pour cela, les clients doivent appeler une semaine ou deux à l’avance pour réserver, déposer un chèque de caution et recevoir les invitations qu’ils vont distribuer. Après le rush, l’hôtesse isole une partie de la salle à l’étage pour les enfants qui arrivent en général vers 15h. Un jour, un client arrive à midi, en pleine heure de pointe, et demande à voir le responsable pour un anniversaire. L’hôtesse arrive étonnée, car il y avait effectivement prévu un anniversaire ce jour-là, mais à 14h30. Il s’agissait au fait de quelqu’un d’autre, car elle lui demande s’il avait réservé. L’homme lui répond agressivement que non, et qu’il n’en a pas besoin.

« Mais bien sûr que si, vous ne pouvez pas arriver comme ça avec dix enfants et demander un anniversaire, surtout à cette heure-là où le restaurant est plein.

– Je m’en fous ! Je suis venu faire l’anniversaire de mon fils et je le ferai !! C’est un restau ou pas ?!

– Oui.

– Alors vous êtes obligés de le faire !! »

Au fait non, pas vraiment. Va essayer ça à Hippopotamus et on verra si on ne te reconduit dehors à coup de pieds. L’hôtesse lui a donc répondu que non, pas du tout, et puisqu’il est malpoli et lui crie dessus, elle ne l’écouterait plus. Sur quoi elle lui a tourné le dos et est revenue sur le terrain, envoyant le manager gérer l’abruti. Malheureusement, celui-ci a pris la décision – qui nous a tous déçus – d’accéder à sa demande et donc nous a mis tous en galère en quittant le terrain et en monopolisant une partie de la cuisine pour préparer les repas de la dizaine de mioches, ainsi qu’une partie de la salle (rappelons-nous que c’est l’heure de pointe, hein ?). Comme quoi, être con, des fois ça paie.

Je sais que le slogan du moment est « venez comme vous êtes », mais, s’il vous plaît, si vous êtes con, abstenez-vous.

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